L’écrivain tchèque Milan Kundera est confronté depuis plusieurs jours à un scandale. Il est accusé d’avoir dénoncé un agent secret à la police communiste en 1950, quand il avait 22 ans. Sa « victime » a fait 14 ans de travaux forcés. La « preuve » ? Un document sorti des archives de la police.
On ne sait évidemment pas si les faits qu’on lui impute sont vrais ou non. Mais il est amusant, voire déplorable, de voir l’acharnement des bien-pensants à vouloir salir Kundera.
En effet, le brillant romancier déploie dans ses œuvres, notamment « L’insoutenable légèreté de l’être », une critique radicale du régime communiste, mais aussi plus généralement de tous les régimes criminels. Ainsi il écrit « […] les régimes criminels n’ont pas été façonnés par des criminels, mais par des enthousiastes convaincus d’avoir découvert l’unique voie du paradis. Et ils défendaient vaillamment cette voie, exécutant pour cela beaucoup de monde. » Il cite explicitement la Révolution française, au début de son livre : « Si la Révolution française devait éternellement se répéter, l’historiographie française serait moins fière de Robespierre. Mais comme elle parle d’une chose qui ne reviendra pas, les années sanglantes ne sont plus que des mots, des théories, des discussions, elles sont plus légères qu’un duvet, elles ne font pas peur. »
Kundera contre-révolutionnaire ? Pas vraiment, il exprime plutôt un cynisme contre toutes les utopies, contre tous les esprits de masse et d’uniformisation. Penseur antitotalitaire, donc. Et aujourd’hui, on cherche à le faire tomber avec un document qui traîne dans des archives depuis longtemps. Pourquoi donc ne pas l’avoir fait avant ?
Dans tous les cas, le débat fait rage. Certaines agences de presse l’« exécutent » sans autre forme de procès, n’hésitant pas à affirmer de manière péremptoire que le Tchèque est coupable. Mais des historiens cherchent à montrer son innocence.
Coupable de quoi, Kundera ? De ne pas croire aux Droits de l’homme ? De ne pas croire aux utopies censées mettre fin à l’histoire ? De défendre les nations opprimées ?
Dans nos sociétés d’Europe de l’Ouest, il suffit de traiter quelqu’un de fasciste pour détruire sa réputation, le décrédibiliser. La France serait-elle stalinienne ? Dans ce cas, qu’attend-elle pour lire Alexandre Soljenitsyne, Milan Kundera, Hannah Arendt, Jan Patocka, ou encore Franz Kafka ?
La littérature tchèque a du bon. Vive le Printemps de Prague ! A quand le futur Printemps de Paris, où l’on se débarrassera de toutes les utopies, libérale, communiste, fasciste, socialiste ?








































